Dans l’univers de Maud Martin–Bachy

Maud Martin—Bachy vous invite à (re)découvrir des tableaux célèbres, envahis de petites créatures amusantes et facétieuses. As-tu déjà vu..? est le premier livre de cette jeune autrice-illustratrice fraichement diplômée de l’Académie royale des Beaux-Arts de Bruxelles, qui démontre déjà une belle maitrise et une vraie intelligence de propos.

De la préhistoire à nos jours, cet album met en parallèle des paires d’œuvres hétéroclites, invitant le lecteur à les découvrir ou leur porter un regard nouveau. Il propose aussi de jouer à retrouver les petits personnages malicieusement cachés dans ces grandes œuvres détournées.

Nous avons interviewé l’autrice-illustratrice à propos de la réalisation de ce projet.

Quelle est la genèse d’As-tu déjà vu..?

L’idée de ce livre est née pendant mes études d’illustration. C’était mon projet de fin de Master 2. J’avais auparavant réalisé un projet dans lequel une petite fille emménage dans sa nouvelle maison avec sa famille, et y entend plein de bruits étranges. Il y a des odeurs bizarres, des objets qui disparaissent un peu mystérieusement… Elle se pose alors des questions et se demande si sa maison est hantée. On découvre au fur et à mesure du livre et avec les images que ce ne sont pas des fantômes mais de petites créatures qui s’amusent malicieusement à chambouler la vie de la famille. J’ai dessiné les premières apparitions de ces créatures, testant différentes façons de les représenter. Parfois elles étaient toute petites, parfois très grandes. Je savais que je voulais continuer à travailler avec ces petits bonshommes car ils m’amusaient énormément.

Mon livre As-tu déjà vu.. ? est né d’une question que je me suis alors posée : est-ce qu’ils existent depuis toujours ? Et si oui, comment ont-ils évolué côte à côte avec les humains ? J’avais alors rassemblé de nombreuses images qui me parlaient d’un point de vue historique. Or, la plupart étaient des tableaux, car ce sont les principalement images qui nous restent de ces époques-là. J’aime beaucoup l’histoire de l’art, et y faire référence. L’idée d’aller envahir des tableaux avec ces créatures me plaisait beaucoup, et c’est pourquoi c’est devenu plutôt une sorte d’imagier artistique de toutes ces façons d’être de ces petits bonshommes, et de nous aussi en parallèle.

Peux-tu nous expliquer le processus de création du projet ?

Ce qui m’intéressait, c’était de créer des paires d’images qui se répondaient. Cela permettait de mettre en avant des idées qui dialoguent ensemble. Par exemple, avec La Cène de Léonard de Vinci, je parle du désir d’être très entouré par ses proches, alors que le tableau de Vincent van Gogh montre au contraire qu’on peut vivre seul et être très heureux de cette manière. Un autre exemple est la paire d’images qui parle de vouloir vivre tout nu ou au contraire de s’habiller de manière très extravagante.

Souvent, le point de départ d’un projet, c’est une image qui me vient, qui me plaît. Ici, c’était le petit personnage que j’avais envie de mettre dans des tableaux avec des personnages historiques. Ensuite assez rapidement, je vais collecter beaucoup d’images de référence. Ensuite, je commence à imaginer des situations drôles où je pourrais mettre mes personnages dans ces images. Et une fois que je commence à avoir suffisamment d’idées qui me plaisent, je les organise ensemble dans un storyboard, pour voir comment les choses tiennent les unes par rapport aux autres. Ensuite il y a des allers-retours pour voir si telle ou telle scène fonctionne plus ou moins bien, ce qu’il faudrait modifier… Au final, j’arrive à un storyboard plutôt solide à partir duquel je peux travailler à la réalisation de mes images.

Mes petits personnages, ils sont assez touchants, finalement. Ils sont un peu fiers d’eux-mêmes. Parfois, ils s’admirent, ils font les beaux, ils essaient des choses. En même temps, ils sont assez ridicules. Ils ont aussi un physique un peu cocasse : ils sont tout ronds, ont un gros nez, de petites oreilles pointues. Ils ont souvent l’air benêt, avec un sourire un peu niais. Et en même temps, c’est plutôt eux qui se moquent de nous puisqu’on voit dans certaines images qu’ils s’amusent à imiter les humains. Finalement, ils nous ressemblent un peu, ils parlent de nous. C’est ça qui qui me plaisait.